Perspectives plurielles

INTÉGRATION INTERRELATIONNELLE ET CONFIGURATIONS URBAINES DE L’EXPÉRIENCE MIGRATOIRE AU CANADA : COMPARAISON MONTRÉAL–SUDBURY

Publication Date : 30-04-2026


Auteur(s) :

Brou Gbalou David KOUASSI.


Volume/Numéro :
Volume 2
,
Issue 2
(04 - 2026)



Résumé :

Cet article examine les conditions sociales de l’intégration à partir d’un paradoxe empirique : des individus présentant des niveaux comparables d’insertion institutionnelle peuvent néanmoins connaître des trajectoires relationnelles fortement différenciées. Alors que certaines se stabilisent dans la durée, d’autres demeurent marquées par un isolement persistant. Ce décalage conduit à interroger les limites des approches classiques de l’intégration, du capital social et de la sociologie urbaine, lorsqu’elles assimilent l’exposition à des interactions nombreuses à une intégration effective. L’analyse repose sur une enquête qualitative comparative menée auprès de trente immigrants ivoiriens, répartis de manière équilibrée entre Montréal et Sudbury, avec quinze participants dans chaque ville. Elle introduit le concept d’intégration interrelationnelle, défini comme la capacité à établir et à maintenir des relations socialement reconnues, relativement continues et dotées d’une valeur pratique. L’article identifie un mécanisme explicatif central : la continuité interactionnelle, entendue comme l’inscription répétée des interactions dans des temporalités sociales stabilisées. Les résultats montrent que les configurations urbaines influencent moins le volume des interactions que leur capacité à se stabiliser. Dans le contexte métropolitain, la densité des contacts peut coexister avec une faible continuité interactionnelle, limitant la convertibilité des interactions en relations durables. À l’inverse, dans une ville moyenne, la récurrence des interactions favorise leur reconnaissance et leur stabilisation. L’article propose ainsi une conceptualisation relationnelle, processuelle et non normative de l’intégration, centrée sur les mécanismes sociaux qui rendent les relations durables et socialement viables.


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Mots clés:

Intégration interrelationnelle ; continuité interactionnelle ; configurations urbaines ; expérience migratoire ; sociologie des relations.

Abstract:

This article examines the social conditions of integration through a paradox that emerged clearly from the fieldwork: people with broadly similar levels of institutional insertion do not necessarily develop the same kinds of social relationships. Some are able to build ties that become stable over time, while others remain in situations marked by persistent isolation. This gap invites a rethinking of classical approaches to integration, social capital, and urban sociology, especially when they assume that frequent interaction is enough to produce meaningful integration. The analysis is based on a comparative qualitative study of thirty Ivorian immigrants, equally divided between Montreal and Sudbury. The article introduces the concept of interrelational integration, understood as the capacity to build and sustain socially recognized relationships that show some continuity and practical significance. It also identifies a central mechanism: interactional continuity, meaning the repeated embedding of interactions in relatively stable social settings over time. The findings show that urban settings influence less the sheer number of interactions than their chances of becoming stable. In a metropolitan context, a high density of contacts can coexist with weak interactional continuity, which limits the transformation of interactions into lasting relationships. In a mid-sized city, by contrast, repeated encounters more often support recognition and relational stabilization. The article therefore proposes a relational, process-oriented, and non-normative understanding of integration, centered on the social conditions that make relationships durable and socially viable.